Mouvement des jeunes communistes
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Donner la parole aux jeunes, plutôt que de parler à leur place.
Depuis quelques semaines dans de nombreux médias le thème de la jeunesse s’impose. Mais de tribunes en articles polémiques sur des querelles stériles entre jeunes UMP et MJS, c’est une certaine façon de parler de la jeunesse que l’on nous présente. Ce n’est maintenant plus une surprise pour personne, les jeunes sont les premières victimes de la crise du capitalisme. Pas une semaine ne s’écoule, sans qu’une enquête ne tombe, une publication des chiffres du chômage n’arrive, une étude sur le ravage et la normalisation de la précarité dans nos vies vienne en confirmer une autre. Ce sort réservé à la jeunesse que nous dénonçons et combattons depuis longtemps au MJCF devient aujourd’hui une évidence. En quelque sorte, tant mieux. Sauf que les discours se succèdent et pour nous rien ne change.

A droite, on connait bien la rengaine à l’image de la tribune de Rama Yade publiée dans le Figaro il y a dix jours, il y aurait d’un coté une jeunesse « privilégiée » qui manifeste, « une bande d’assisté » ou « une bande de délinquant violente » et de l’autre une jeunesse entreprenante, raisonnable qui se retrouverait prise en otage par la première catégorie. Ce vieux discours poursuit toujours le même objectif : opposer les jeunes entre eux, les diviser pour ne pas qu’ils se forgent un avenir commun.

Pour une partie de la gauche bien pensante, le discours est différent, mais également en dehors des réalités, souvent animé de logiques compassionnelles donnant lieu par exemple en matière d’emplois à des dispositifs d’exceptions.

Ainsi depuis plus de trente ans les politiques en direction de l’emploi des jeunes ont abouties à la création d’ une usine à précaires. Les petits boulots, l’intérim, les contrats bidons, les TUC, CES, les contrats d’avenir, les contrats jeunes ou encore les contrats nouvelle embauche : voilà autant de mesures qui ont mis en l’air la stabilité de l’emploi et la sécurité de nos vies. Des générations d’exclus font qu’un million d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté, ici, en France. Les politiques mises en place visent essentiellement à déstructurer complètement le marché du travail en diminuant le « coût du travail » pour les entreprises et en les déresponsabilisant sur le plan social et démocratique. Les tenants du capital ont choisi ainsi d’hypothéquer l’avenir de la jeunesse. Ils nous diront demain qu’il faut supprimer les postes de professeurs parce qu’il n’y a pas assez d’argent, qu’il faut limiter les dépenses de santé, voire les confier au privé. Ils nous diront ce qu’ils nous disent toujours… que les jeunes doivent entrer sur le marché du travail par la petite porte : celle du sas de précarité. Tout ces dispositifs faits au nom des jeunes, se font sans eux et surtout contre eux. Devant cette situation, dans de nombreux médias une nouvelle mode voit le jour : torpiller les organisations de jeunesse, les décrivants comme des repères de carriéristes, déconnectés des réalités. Pour certaines d’entre elles, cela est peut être vrai. Il ne s’agit pas ici de polémiquer sur cet angle du traitement de certains journalistes, mais plutôt de révéler une fois de plus l’état d’esprit que cela révèle. Que ce soit pour la plupart des responsables politiques, ou des médias, le regard porté sur notre génération est celui de nos ainés, toujours animé de cette ironie et de ce mépris, puisque finalement « on est pas sérieux quand on a 17 ans. » Ce regard de ceux qui se présentent comme nos ainés, révèlent en fait autre chose : une tentative plus ou moins consciente d’enfermer les questions politiques que posent les jeunes dans un conflit de génération. Or, s’il est vrai que les jeunes d’aujourd’hui sont les premières victimes du système et que leur lot commun est la précarité, ils ne sont pas en dehors des rapports de classes. Ce discours est finalement celui d’une « élite » politique, intellectuelle et médiatique qui s’octroie le droit de juger seule ce qui est bon ou pas, qui s’autorise seule à nous dire ce qu’il faut penser. Cette élite, c’est celle de la classe dominante qui traite avec mépris et défiance tout ce qui ne vient pas d’elle. Cette élite, qu’elle parle des organisations de jeunesses, des jeunes, fait finalement toujours la même chose : parler au nom des jeunes, plutôt que de leur donner la parole. Les jeunes communistes ont eux toujours été animé de la deuxième volonté : construire avec les jeunes les moyens politiques et organisationnels pour faire irruption dans le débat et ne laisser personne parler à notre place. N’en déplaise « aux gardiens de la bonne pensée », les jeunes à travers le monde sont en train de déjouer tous les pronostics sans attendre que l’on pense à leur place. Ils sont les moteurs des révolutions en cours en Tunisie, en Egypte, en Lybie, en Algérie, renversant à la fois les despotes et dénonçant le système qu’ils servent au slogan de « travail, dignité, liberté ». Ce système, c’est celui de la loi du profit, de la jungle du plus fort, de la concentration des richesses dans les mains d’une minorité, en un mot : le capitalisme. En France et en Europe, les jeunes sont aussi de toutes les mobilisations et nous ne nous laisserons pas enfermer dans le schéma médiatique de la politique académie qui vise à nous offrir comme seul choix possible DSK ou Sarkozy pour finalement réduire les perspectives entre précarité libérale ou précarité sociale-libérale.

Noyés dans la misère et la précarité, avec des parents exploités pour des salaires de misère, l’urgence pour nos vies appellent à des réponses neuves et des mesures structurelles à l’opposé des récentes annonces de Sarkozy. De la commission Hirsch aux négociations sur l’emploi des jeunes annoncées par Xavier Bertrand le but poursuivi reste le même : faire de nous une armée de jeunes précaires pour mettre en concurrence les générations sur le marché du travail et tirer nos droits à tous vers le bas. Nous pouvons au contraire imaginer et gagner de nouveaux droits pour les jeunes délivrés du chômage et libérés de la loi du marché. Pour cela l’histoire est en marche. Certain la commente et la dénigre. Avec l’ensemble des jeunes, nous allons l’écrire.

Pierric Annoot, secrétaire général du Mouvement Jeunes Communistes de France.


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